La blessure du don excessif
- Sarah Epiphany
- 23 janv.
- 5 min de lecture

Lecture inspirée de L'Ami dévoué d'Oscar Wilde
QUAND DONNER DEVIENT UNE PERTE DE SOI
Il existe une blessure qui est souvent confondue avec la générosité, l'amour ou la bonté : la blessure du don excessif. Elle touche celles et ceux qui donnent spontanément, profondément, sans compter, jusqu'à parfois s'oublier eux-mêmes.
Oscar Wilde, dans son conte L'Ami dévoué, met en scène cette blessure justement...et c'est suite à cette lecture que j'ai décidé de creuser le sujet et d'en faire un article...
Le don excessif naît souvent d'une confusion :
croire que l'amour se mérite
penser que sa valeur dépend de ce que l'on offre
associer bonté et sacrifice
Celui qui donne trop ne le fait pas par faiblesse, mais par pureté du coeur. Il ressent profondément, perçoit les besoins de l'autre avant même qu'ils ne soient exprimés, et répond sans calcul.
Mais lorsque le don devient automatique, attendu, exigé, il cesse d'être un choix, il devient une obligation intérieure.
PETIT HANS : L'ARCHETYPE DE l'AME QUI DONNE
Dans le Conte d'Oscar Wilde, le petit Hans, incarne cette âme là. Il donne son temps, son énergie, ses forces, sans jamais demander en retour. Il croit aux paroles, aux promesses, aux grands principes énoncés par son ami le Meunier. Il confond discours moral et amour véritable.
Symboliquement Hans représente :
l'enfant intérieur qui veut bien faire
l'âme loyale qui ne veut pas décevoir
le coeur ouvert qui n'a pas appris à poser des limites
Sa tragédie ( oui je ne vais pas te spoiler jusqu'au bout si tu ne l'as jamais lu) ce n'est pas d'avoir donné, mais de n'avoir jamais reçu.
LE FAUX AMI : QUAND LA MORALE DEVIENT UN OUTIL DE DOMINATION
Le Meunier se présente comme un ami exemplaire. Il parle de générosité, de vertu, de ce que signifie être un "bon ami". Pourtant, il ne donne rien.
Il illustre une figure fréquente dans les relations humaines :
celle qui utilise de beaux mots pour justifier l'injustice
celle qui transforme la bonté de l'autre en devoir
celle qui prend sans jamais se remettre en question
Dans la blessure du don excessif, l'autre n'est pas toujours consciemment malveillant. Mais il apprend vite que l'énergie est disponible, alors il la prend.
DONNER SANS LIMITES : UNE FUITE PLUS QU'UN AMOUR
Donner sans mesure peut être une manière inconsciente de :
éviter le conflit
ne pas affronter la peur du rejet
ne pas se confronter à sa propre valeur
Dire non, pour une âme blessée par le don excessif, peut sembler plus dangereux que de s'épuiser. Alors elle continue. Jusqu'à la fatigue. Jusqu'au vide. Parfois jusqu'à la rupture ou l'effondrement.
La mort de Hans, dans le conte, est symbolique ( Mince je t'ai spoilé) : elle représente l'extinction de soi quand le don n'est jamais équilibré.
LA LIMITE
Ce qu'Oscar Wilde semble dire entre les lignes c'est que la vraie générosité inclut la capacité de se préserver.
Poser une limite n'est pas un manque d'amour. C'est un acte de conscience. Une manière de dire : je te respecte, et je me respecte aussi.
La blessure du don excessif commence à guérir lorsque l'on comprend que recevoir est aussi important que donner, l'amour ne demande pas de se sacrifier , la loyauté envers soi est la première fidélité.
TRANSFORMER LA BLESSURE EN SAGESSE :
Guérir du don excessif ne signifie pas devenir dur ou fermé, ça signifie, redonner au don sa liberté, que tu dois choisir quand, comment et à qui tu donnes et reconnaître ta propre valeur indépendamment de l'utilité.
Là ou notre petit Hans n'a pas eu le temps d'apprendre et bien toi le lecteur qui lira ou qui a lu ce récit, tu le peux .
La blessure du don excessif nous enseigne une leçon essentielle : l'amour véritable ne demande pas l'effacement de soi, mais la présence entière.
Donner finalement c'est un art. Et comme tout art, il demande équilibre, conscience et respect.
Aussi, si tu regardes un peu plus près, tu constateras que " L'Ami dévoué" est presque une mise en scène parfaite du Triangle de Karpman, en particulier le Sauveur et la Victime.
Je t'explique ça ...
J'ai réalisé un podcast sur le triangle de Karpman que tu peux retrouver sur ma chaîne Youtube. Mais je vais te faire un rappel rapidos ...
Il décrit 3 rôles psychologiques inconscients :
Victime " Je subis, je n'ai pas le choix"
Sauveur " Je dois aider, sinon je ne vaux rien"
Bourreau " C'est de ta faute/ tu devrais..."
Dans la blessure du don excessif, le rôle dominant est le Sauveur, mais il glisse presque toujours vers la victime.
Le Petit Hans est le sauveur déguisé en victime.
En apparence il est la victime, parce qu'il travaille sans être payé, il donne sans recevoir, il obéit, se fatigue, s'épuise. Il semble subir la situation.
En réalité il est le Sauveur . Pourquoi ? parce qu'il anticipe les besoins du Meunier, il se rend toujours disponible, il croit qu'un "bon ami" doit se sacrifier. En fait le Sauveur ne se vit pas comme "puissant" mais comme "obligé" Hans se sauve en sauvant l'autre : s'il est utile alors il existe.
Le Meunier passe de Victime à Bourreau... Je t'explique
Le Meunier joue un rôle plus subtil , il se présente comme une Victime morale, il dit :
" Un ami doit être généreux"
" Je t'enseigne ce qu'est l'amitié"
" Je souffre aussi de cette situation"
Il ne se pose JAMAIS en responsable ... puis il devient Bourreau, parce qu'il exige, il culpabilise, il utilise la morale pour contraindre. Il ne sauve jamais, il profite du sauveur.
LE MECANISME TOXIQUE SAUVEUR-VICTIME.
Voici le coeur du piège :
Hans donne ( Sauveur)
Il s'épuise : frustration, fatigue ( Victime)
Le Meunier culpabilise Hans ( " C'est ça être un ami")
Hans redouble d'efforts ( retour Sauveur)
Et là on est dans une boucle infernale, plus Hans donne, plus le Meunier prend. Plus il prend, plus Hans se vide.
LA BLESSURE DU DON EXCESSIF DANS LE TRIANGLE DE KARPMAN :
Cette blessure correspond exactement à un sauveur inconscient qui refuse se propre vulnérabilité et croit que l'amour passe par l'effort. Souvenr derrière se cache une peur de ne pas être aimée, une peur de décevoir, une ancienne loyauté ( familiale, karmique, spirituelle)
SORTIR DU TRIANGLE : LA CLE QUE HANS N'A PAS EUE
Sortir du triangle ne consiste pas à arrêter d'aider....ni devenir égoïste mais juste à changer de posture .
C'est à dire :
je donne si je choisis
je n'aide pas contre moi-même
je laisse l'autre responsable de sa vie.
L'Adulte ne sauve pas, il accompagne
Ce que j'aime bien avec ce récit, je t'invite vraiment à le lire c'est qu'Oscar Wilde montre que le sacrifice non conscient n'élève personne.
Voici le lien si tu veux lire le conte








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